Guide pour le diagnostic clinique différentiel des lésions de la muqueuse buccale
Hypertrophies réactives des tissus mous

Auteur(s) du cours : Michael W. Finkelstein, DDS, MS; Emily Lanzel, DDS, MS; John W. Hellstein, DDS, MS

Hypertrophies réactives des tissus mous

Les hypertrophies réactives des tissus mous sont causées par des blessures, comme des infections, des traumatismes physiques, des traumatismes chimiques ou des réactions allergiques. Les hypertrophies réactives des tissus mous se déclenchent en général rapidement (courte durée), puis leur taille peut augmenter et diminuer (fluctuer) avant de finir par régresser. Les hypertrophies réactives sont souvent, mais pas toujours, sensibles ou douloureuses et présentent généralement un taux de croissance plus rapide (allant de quelques heures à quelques semaines) que les tumeurs. Les patients présentant des hypertrophies réactives sont parfois en mesure de donner la source de la blessure. Les lésions réactives s’accompagnent parfois de ganglions lymphatiques sensibles et de manifestations systémiques, comme de la fièvre et des malaises. Une fois que le caractère réactif de l’hypertrophie des tissus mous est établi, l’étape suivante consiste à déterminer ce qui a provoqué l’apparition de la lésion : il peut s’agir d’une infection bactérienne, virale ou fongique, ou d’une blessure chimique ou physique.

Quelques exemples d’hypertrophies réactives des tissus mous :

  • Mucocèle (phénomène d’extravasation salivaire)
  • Sialométaplasie nécrosante
  • Abcès parodontal
  • Abcès radiculaire (périapical)
  • Hyperplasie fibreuse
  • Hyperplasie papillaire inflammatoire

Le phénomène d’extravasation salivaire, habituellement appelé « mucocèle », se produit lorsqu’un canal de glande salivaire se rompt et que du mucus s’accumule dans les tissus conjonctifs environnants. Il se produit le plus souvent à des endroits qui souffrent plus facilement d’un traumatisme, comme la lèvre inférieure. Les caractéristiques cliniques comprennent une hypertrophie des tissus mous bien localisée, compressible ou fluctuante. Le patient peut rapporter une fluctuation de la taille de la lésion. La surface de la lésion peut être de couleur bleue à violette, ou de couleur normale. Ces lésions se résorbent parfois spontanément. Les lésions persistantes doivent être excisées pour limiter leur récurrence. Elles doivent être examinées au microscope pour éliminer tout doute de tumeur de la glande salivaire.

Mucocèle
Mucocèle
Mucocèle

La sialométaplasie nécrosante est une lésion réactive qui prend naissance dans la glande salivaire. Elle est causée par une ischémie locale entraînant un infarcissement d’un acinus salivaire. L’inflammation qui s’ensuit produit une métaplasie squameuse des canaux et une hyperplasie de l’épithélium squameux stratifié de surface. La grande majorité des cas se produit sur le palais dur latéral postérieur. La lésion commence en phase aiguë avec une inflammation et des douleurs ou un engourdissement. Une ulcération finit par se former dans l’hypertrophie. La sialométaplasie nécrosante ressemble à un carcinome épidermoïde ou à un carcinome muco-épidermoïde à l’examen clinique et microscopique. Le traitement passe par une biopsie par incision et un diagnostic microscopique. Aucun autre traitement n’est nécessaire, car la lésion se résorbe spontanément en quelques semaines, voire quelques mois.

Sialométaplasie nécrosante
Sialométaplasie nécrosante

L’abcès parodontal est une accumulation de pus dans la poche parodontale. Il peut s’accompagner de douleurs, de sensibilité à la palpation de la gencive, de mobilité dentaire et d’un érythème de la gencive recouvrante. Les radiographies peuvent révéler une perte osseuse alvéolaire. Le sondage de la poche permet souvent de libérer du contenu purulent. Une lymphadénopathie sensible peut également accompagner l’abcès parodontal. Le traitement consiste à drainer le contenu purulent et à débrider la poche. La présence de fièvre et d’un malaise indique une infection systémique, et le patient doit prendre des antibiotiques. Un traitement périodontique de suivi est nécessaire.

Abcès parodontal
Abcès parodontal

L’abcès périapical est une accumulation de pus dans la zone périapicale d’une dent ayant une pulpe nécrotique. La dent touchée peut ou non entraîner des symptômes. Au fur et à mesure qu’un abcès périapical grossit, il peut perforer la corticale, s’accumuler dans le tissu conjonctif et former une hypertrophie compressible et douloureuse des tissus mous. Parfois, le pus perfore l’épithélium buccal de surface et forme un canal (sinus) par lequel le pus pourrait s’écouler dans la cavité buccale. La parulie (abcès gingival) est l’hypertrophie des tissus mous résultant d’une inflammation aiguë et chronique et de tissus de granulation à l’ouverture des sinus dans la muqueuse buccale. Le traitement d’un abcès périapical nécessite un traitement de canal ou l’extraction de la dent touchée.

Abcès périapical menant à une parulie
Abcès périapical conduisant à des parulis

L’hyperplasie papillaire inflammatoire représente une excroissance du tissu conjonctif épithélial et fibreux, habituellement en réponse à l’irritation chronique provoquée par une prothèse. La lésion se produit sur le palais dur ou sur la muqueuse alvéolaire mandibulaire sous une prothèse. La surface de la lésion est bosselée, nodulaire ou veloutée, et souvent érythémateuse. Le patient peut se plaindre de douleurs ou d’une sensation de brûlure associées à la lésion, ou la lésion peut être asymptomatique. Les lésions présentent souvent des excroissances concomitantes d’organismes de candidose. Le patient doit porter sa prothèse le moins possible, et la lésion doit être ensuite réévaluée. Si l’excroissance papillaire est petite, la lésion n’a pas besoin d’être enlevée. Les lésions plus grandes doivent être excisées. La prothèse devra être refaite, et l’on devra enseigner au patient comment l’enlever tous les soirs et la nettoyer. S’il y a présence de candidose, un onguent ou une crème antifongique topique devra être appliqué sur la surface intérieure de la prothèse.

Hyperplasie papillaire inflammatoire
Hyperplasie papillaire inflammatoire
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