Guide pour le diagnostic clinique différentiel des lésions de la muqueuse buccale
Néoplasmes malins de la muqueuse buccale

Auteur(s) du cours : Michael W. Finkelstein, DDS, MS;Emily Lanzel, DDS, MS;John W. Hellstein, DDS, MS

Néoplasmes malins de la muqueuse buccale

La difficulté de poser un diagnostic différentiel d’hypertrophie des tissus mous réside dans la distinction des lésions malignes des lésions réactionnelles. Ces deux types de lésions peuvent se développer rapidement et être douloureuses. La principale différence vient du fait que les néoplasmes malins sont persistants et progressifs, tandis que les lésions réactionnelles voient leur taille varier ou finissent par se résorber. Les lésions réactionnelles peuvent s’accompagner de ganglions lymphatiques souples et sensibles, tandis qu’ils deviennent fermes et non sensibles dans le cas de néoplasmes malins à métastases.

Le carcinome à cellules squameuses* est le néoplasme malin de la cavité buccale le plus courant. La consommation de tabac et d’alcool est considérée comme un facteur de risque, mais le carcinome à cellules squameuses peut se produire chez des patients sans facteurs de risques connus. Cette tumeur peut apparaître n’importe où sur la muqueuse buccale, mais se manifeste le plus souvent sur les faces ventrales et latérales de la langue, le plancher de la bouche, le palais mou, les piliers amygdaliens et le trigone rétromolaire. Le carcinome à cellules squameuses avancé se manifeste par une masse tumorale indurée (dure) fixée aux structures qui l’entourent. Il est souvent ulcéré et peut être douloureux. Il peut s’accompagner de lymphadénopathie cervicale correspondant aux lésions des métastases. Le carcinome à cellules squameuses précoce et ses premières lésions sont presque invariablement asymptomatiques; les patients ne savent donc pas qu’ils ont une lésion. Les lésions précoces peuvent être des lésions d’épaississement épithélial blanches et rugueuses (leucoplasie), des lésions non douloureuses rouges persistantes (plaque érythroplasique) ou une combinaison des deux. Il est important d’identifier un carcinome à cellules squameuses à son stade précoce, lorsque le traitement est encore possible sans procéder à une chirurgie défigurante. Le traitement passe essentiellement par l’excision chirurgicale complète. Une dissection des ganglions lymphatiques est réalisée lorsque la lymphadénopathie est évidente. La radiothérapie est souvent utilisée comme adjuvant à la chirurgie. La chimiothérapie est réservée aux soins palliatifs. Le carcinome verruqueux est une variante à évolution lente du carcinome à cellules squameuses. La lésion présente une surface rugueuse et verruqueuse, généralement asymptomatique. Le carcinome verruqueux peut envahir les tissus sous-jacents, mais ne métastase presque jamais. Il a un bon pronostic comparé à celui du carcinome à cellules squameuses buccal classique.

Les adénocarcinomes des glandes salivaires comprennent l’adénocarcinome polymorphe d’évolution lente, le carcinome adénoïde kystique, l’adénocarcinome à cellules acineuses, le carcinome muco-épidermoïde, le carcinome sur adénome polymorphe, et un certain nombre d’autres lésions. Ces lésions peuvent se développer rapidement ou lentement, et se manifester par des douleurs et une paresthésie ou être asymptomatiques. Elles présentent toutes une croissance infiltrante. Le traitement passe généralement par l’excision chirurgicale complète. Le pronostic dépend du stade ou de l’étendue de la tumeur, ainsi que de ses caractéristiques microscopiques.

image d’un adénocarcinome de la glande salivaire
Adénocarcinome de la glande salivaire

Les lymphomes* regroupent divers néoplasmes malins des lymphocytes et de leurs précurseurs. Ils forment des masses cancéreuses fermes et se développent généralement dans les tissus lymphoïdes. Les lymphomes se répartissent entre la maladie de Hodgkin et les lymphomes non hodgkiniens. La maladie de Hodgkin se présente le plus souvent dans la région de la tête et du cou, avec une augmentation persistante et progressive des ganglions lymphatiques cervicaux et supraclaviculaires. La maladie de Hodgkin ne se manifeste que rarement par des lésions intrabuccales. Les lymphomes non hodgkiniens comprennent de nombreuses lésions différentes qui peuvent apparaître dans les ganglions lymphatiques ou ailleurs. Les lésions qui apparaissent dans les ganglions lymphatiques sont des masses non sensibles qui grossissent lentement et finissent par devenir de multiples hypertrophies fixes. Un lymphome extraganglionnaire dans la cavité buccale peut être la première manifestation d’un lymphome ou faire partie d’un processus de dissémination. Un lymphome buccal extraganglionnaire du tissu mou se manifeste généralement par une hypertrophie non sensible, mal circonscrite et compressible du tissu mou, parfois accompagnée d’un érythème et d’une ulcération de la muqueuse de surface. Ils apparaissent le plus souvent sur les anneaux de Waldeyer, le palais dur postérieur, la muqueuse buccale ou la gencive. Les lésions peuvent également apparaître dans les mâchoires. Les lésions des mâchoires présentent des caractéristiques cliniques semblables aux autres malignités osseuses. La maladie de Hodgkin et les lymphomes non hodgkiniens peuvent s’accompagner de malaises, de fièvre et d’une perte de poids. La gestion d’un lymphome passe par une biopsie de la lésion pour poser un diagnostic définitif. Pour déterminer l’étendue de la maladie, on procède ensuite à l’évaluation du stade. Le traitement passe par la chimiothérapie, la radiothérapie ou les deux. Le pronostic est extrêmement variable.

image de lymphomes
Lymphomes

Carcinomes métastatiques des tissus mous de la bouche : Les néoplasmes dont les métastases atteignent la cavité buccale ne représentent que 1 % de tous les cancers buccaux, et ces tumeurs se trouvent beaucoup plus fréquemment dans les os de la mâchoire que sur les tissus mous de la bouche. La grande majorité des tumeurs qui métastasent vers la cavité buccale sont des adénocarcinomes. Les sites primaires les plus courants pour ces tumeurs sont le sein, le poumon, le rein, l’appareil gastro-intestinal (estomac et colon), la thyroïde et la prostate.

Dans la muqueuse buccale, les carcinomes métastatiques se retrouvent le plus souvent sur la gencive et la langue. Les lésions précoces sont des nodules en forme de dôme présentant une surface lisse d’apparence normale. Ces lésions peuvent sembler bénignes sur le plan clinique. Plus tard, la surface peut s’ulcérer et se nécroser, et la lésion peut saigner facilement. Ces lésions semblent alors malignes à l’examen clinique.

Les sarcomes sont des néoplasmes malins relativement rares des tissus non épithéliaux. Les sarcomes peuvent apparaître sur les tissus mous ou dans l’os. Citons par exemple le fibrosarcome, le rhabdomyosarcome (lié aux muscles squelettiques) et le léiomyosarcome (lié aux muscles lisses). Les sarcomes présentent généralement une croissance rapide, sont mal circonscrits, infiltrants et entraînent l’ulcération des tissus de surface. Le traitement passe généralement par l’ablation chirurgicale associée à une chimiothérapie ou une radiothérapie ou les deux. Le pronostic dépend du stade de la maladie et de ses caractéristiques microscopiques.

Les mélanomes sont relativement rares dans la cavité buccale. Ils sont abordés dans la section sur les lésions de surface pigmentées localisées.

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