Problèmes liés à la santé buccodentaire avec les adultes plus âgés qui sont institutionnalisés

Une certaine partie des personnes âgées finiront dans un établissement de soins infirmiers pour une variété de raisons, mais surtout à cause de leur incapacité à prendre soin d’eux-mêmes. Il a été répertorié que les plus grandes causes de handicap sont la déficience visuelle, la démence, la perte d’audition et l’arthrose. Une grande partie de ces personnes souffriront de démence. Les taux mondiaux actuels de démence chez les personnes âgées de 85 ans et plus sont de 25 à 30 %. Au Canada et aux États-Unis, les taux de démence chez les résidents d’établissements de soins infirmiers sont de 57 à 65 % et 70 %, respectivement.19,20

Bien que les personnes âgées en général vivent plus longtemps et que les baby-boomers en particulier semblent être en meilleure santé, la demande pour les admissions dans les établissements de soins infirmiers augmentera à l’avenir; l’âge d’entrée sera cependant plus élevé. Les dernières statistiques américaines disponibles démontrant cette augmentation des admissions dans les établissements de soins infirmiers ont signalé un changement de l’âge de 81,1 ans en 1985 à 82,6 ans en 1997.16 Selon les prévisions, ces chiffres continueront à augmenter à mesure que les baby-boomers atteindront un âge avancé; ils ont en fait probablement déjà augmenté.

Les soins buccodentaires dans les établissements de soins infirmiers sont problématiques et ont été rapportés par de nombreux auteurs comme étant effectivement « déplorables ».17,18 Il semble y avoir non seulement une crainte, mais une aversion directe à la prestation de soins buccodentaires chez la plupart des membres du personnel soignant. Malgré une législation exigeant que les résidents des établissements de soins infirmiers reçoivent des soins buccodentaires, il ne semble pas y avoir de système pour surveiller la mise en œuvre de ces soins. De nombreux rapports, à la fois dans la littérature américaine et canadienne, décrivent des manquements horribles dans la prestation des soins buccodentaires, y compris le manque de brosses à dents et d’autres produits d’hygiène buccodentaire, un stockage insalubre de ces fournitures, y compris des prothèses partielles et complètes, ainsi que le manque de respect des procédures de contrôle des infections dans la prestation de soins buccodentaires.17 Cette situation doit changer, car aujourd’hui plus que jamais ces résidents sont admis avec la plupart de leurs propres dents naturelles et ont reçu des soins dentaires très coûteux qui se détérioreront rapidement faute d’une prise en charge. Généralement, la plupart des établissements de soins infirmiers ne disposent pas des cliniques dentaires sur place ou de professionnels dentaires pour soigner leurs résidents. Dans certains États des États-Unis et dans plusieurs provinces canadiennes, les hygiénistes dentaires peuvent conclure une entente avec les familles pour fournir des services d’hygiène dentaire préventive et thérapeutique; cela implique cependant un certain coût. Encore une fois, cela ne résout pas le problème de ceux qui ne peuvent pas se permettre ces soins.

Le défi buccodentaire primaire avec les résidents des établissements de soins infirmiers est la xérostomie, quelque chose de commun avec cette population à la suite de la prise de plusieurs médicaments ou ce qui est maintenant appelé la « polypharmacie ». Jablonski rapporte que les ordonnances de médicaments atteignent en moyenne huit médicaments par résident dans les établissements de soins infirmiers aux États-Unis.20 Ces médicaments comprennent généralement des médicaments psychotropes comme des agents anti-anxiété, des antidépresseurs, des antipsychotiques (c.-à-d. des benzodiazépines, des antidépresseurs tricycliques, du lithium), des médicaments antihypertenseurs (c.-à-d., des bêtabloquants, des bloqueurs des canaux calciques, des inhibiteurs de l’ECA) et des médicaments contre l’incontinence urinaire (c.-à-d., de la darifénacine, du fésotérodine et de l’oxybutynine).

Les personnes souffrant de xérostomie éprouvent un inconfort oral à la fois lorsqu’elles mangent et pendant la prestation des soins buccodentaires; elles pourraient être moins tolérantes des interventions dans la bouche. Les symptômes oraux communs de la xérostomie comprennent une odeur buccale, des plaies aux commissures des lèvres, des difficultés d’élocution, des difficultés de déglutition et de mastication, une sensation de brûlure de la langue, une interruption du sommeil à cause de la soif, des troubles du goût et une irritation de la prothèse. Ces problèmes peuvent entraîner une augmentation de la prévalence de la maladie parodontale, qui a été rapportée comme étant plus élevée dans ce groupe de population. En outre, une augmentation des lésions liées à la prothèse comme les stomatites prothétiques ainsi qu’une prévalence plus élevée du cancer de la bouche sont fréquentes.

Le résultat le plus fréquent d’une xérostomie prolongée est la prévalence de la carie racinaire, qui peut causer des douleurs importantes ainsi qu’une incapacité à profiter de beaucoup d’aliments. Ces caries sont difficiles à traiter et se détériorent rapidement si cela n’est pas fait au cours des premiers stades, ce qui se traduit souvent par la perte d’une dent. Les dents cassées et les dents manquantes affectent la capacité de mâcher les aliments correctement d’une personne, la plaçant ainsi à risque de malnutrition.

L’incapacité de mâcher la nourriture efficacement a un impact négatif sur la santé globale de l’individu. Une prise de position récente de l’American Dietetic Association a indiqué que la nutrition est le principal déterminant d’un vieillissement réussi.21 Une nutrition adéquate est une stratégie de gestion des maladies efficace qui réduit le risque de maladie chronique, ralentit la progression des maladies et réduit les symptômes des maladies. Les effets de la mauvaise santé buccodentaire pour ce segment de population peuvent avoir des effets négatifs aux ramifications importantes pour les personnes âgées institutionnalisées. Un bien-être psychologique diminué, une satisfaction de la vie en général diminuée et un isolement social en raison de dents cassées et d’une mauvaise haleine sont tous des facteurs pouvant avoir un impact négatif sur l’estime de soi et la longévité.

La situation dans les établissements de soins infirmiers au niveau national et international doit être abordée, d’autant plus que les baby-boomers commencent à entrer dans ces établissements. À ce jour, aucune solution appropriée n’a été trouvée.